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Juju en pleine forme

Le beau est arrivé, mais c’est par la Belle, une des dernières chansons d’Etienne Roda-Gil, que Julien Clerc arrive sur la scène du Théâtre antique de Vienne, encore en plein jour. La voix se chauffe, avec beaucoup de métier, et sait doser ses effets, jamais ensevelie sous un orchestre symphonique visiblement content de jouer autre chose que du Wagner. Respec du public et volonté de fraîcheur, Juju ne fait pas exactement le même show que lors de son passage à la Halle Tony Garnier en février dernier. « Jaloux » n’ouvre plus le bal, au grand dam des fans, souvent d’ailleurs des grandes dames. Mais il en profite pour s’offrir quelques beaux détours par des titres plus remuants et moins connus comme « Jivaro Song » ou le superbe « Quand je joue » qui enflamme la salle et montre, intact, son plaisir de chanter. Ses titres les plus récents comme « Fou, peut-être », « La nuit, c’est tous les jours » qu’on doit à Alex Beaupain ou « Hôtel des Caravelles » se mêlent à merveille aux tubes éternels, de « Ce n’est rien » à « Si on chantait ». Qui peut se prévaloir aujourd’hui d’avoir fait entrer une bonne vingtaine de chansons dans l’imaginaire collectif, avec des textes aussi beaux que celui de « Coeur Volcan » ? La voix toujours à peine voilée a encore plus de charme en vieillissant et ce grand technicien ne manque jamais un rendez-vous avec l’aigu, grand chanteur maîtrisant parfaitement sa tessiture et ses limites. Ceux qui se moquent de son vibrato feraient bien de prendre des cours pour survoler comme lui un orchestre de 50 musiciens Juju est tellement en forme, visiblement heureux de chanter plus librement qu’au début de la tournée qui nécessaitait sans doute quelques réglages avec l’orchestre, que le dernière demi-heure fait se lever le public, et pas seulement les femmes, pour un final particulièrement enlevé. Entretemps, il aura chanté « Femmes, je vous aime » avec une émotion particulière, posant sa voix, respirant les phrases autrement, avec un arrangement symphonique qui convient particulièrement à cet hymen à l’éternel féminin. Le contraire de la routine. Grand musicien, il a pris grand soin de composer une liste de chansons adéquat avec des arrangements sur mesure très inspirés, retrouvant avec Le Patineur ou Elle s’appelle Venis le goût de la « grande forme » de ses débuts. Il reviendra à la rentrée pour une tournée intimiste cette fois, à deux pianos, un peu à la façon du très beau « Amours secrètes, passion publique » dans les années 90. La date est déjà calée pour Lyon, même si elle n’est pas encore annoncée. On vous la donne en avant-première : c’est le 22 mars 2013 à la Bourse du travail. Avec un artiste de ce niveau, l’atmosphère intimiste devrait encore plus faire ressortir la qualité d’écriture de celui qui reste sans doute plus grand mélodiste français.

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