Entretien avec Bernard Menez, à l’affiche à la Croix-Rousse du spectacle le plus trash et le plus gay de la saison, La Gros, la vache et le mainate. Une opérette totalement trash, très bien écrite par Pierre Guillois avec un mauvais esprit et un humour noir qui rendrait festif le plus désespéré des dépressifs. Portée par des acteurs haut en couleurs comme Jean-Paul Muel ou Pierre Vial en vieilles tantes irascibles, c’est la comédie musicale la plus déjantée jamais composée. Entretien.
« Le Gros, la vache et la mainate » est sous-titrée opérette complètement « barge » ? Pourquoi ?
Bernard Menez : « Il suffit de la résumer. Un couple d’hommes dont l’un est « enceint » attend un enfant. Deux vieilles tantes viennent les aider pour l’accouchement. Ça dérape un peu… Les tantes vont avoir le bébé dans le collimateur ! C’est assez gratiné. C’est un mélange assez curieux de comédie, de chansons et une espèce de visuel irracontable ! Mais c’est avant tout un spectacle qui vaut pour la performance extraordinaire d’Olivier Martin-Salvan, qui après avoir joué le père joue le bébé ! Moi j’interviens à la marge mais il ne faut pas trop en dévoiler…
Au début vous deviez jouer l’une des tantes…
Oui, l’auteur, Pierre Guillois, était d’abord venu me chercher pour jouer une de ces sales mégères ! Je ne sais pas si j’ai eu peur ou si je n’avais pas envie, mais je ne le sentais pas. Ce n’est pas le problème du travestissement. J’avais déjà joué Madame Pernelle dans Tartuffe ou une grosse femme dans un Shakespeare il y a quelques années où je jouais avec mon chien… Ici, j’aimais beaucoup le texte de Pierre, mais j’avais peur de m’ennuyer en tant qu’acteur dans ce rôle-là. Bien m’en a pris. Il est revenu me voir ensuite pour le mettre en scène, et comme je suis en plus un metteur en scène qui réserve quelques surprises en intervenant dans la pièce, j’étais très heureux.
Pour vous, c’est une comédie musicale gay ? Salace ? Trash ?
Oui, elle est un peu tout cela à la fois, mais elle n’est pas exclusive du tout. Il y a des acteurs homosexuels, d’autres pas et ça me va très bien comme ça. Ce n’est pas un spectacle militant. Il ne s’agit pas de faire l’apologie de l’homosexualité comme nombre de spectacles se croient obligés de le faire aujourd’hui. Mais par contre, c’est sûr que c’est assez gratiné quand même… Tout en restant très familial !
Avez-vous des limites comme acteur ?
Ce n’est pas une question de limites. J’ai toujours joué des personnages que je ne n’oserais jamais être dans la vie. Dans Celles qu’on n’a pas eues de Pascal Thomas, il me faisait aborder une femme dans la rue de façon un peu culottée. Alors que je pensais me prendre un rateau elle se révélait être une nympho ! C’était réaliste et cru. Je n’aurais jamais osé faire ça dans ma vie. Mais c’est le plaisir d’être acteur que de jouer ce qu’on n’ose pas être.
Est-ce qu’à vos yeux le mauvais goût existe ?
Vous savez, c’est très relatif. Il y a beaucoup de gens qui trouveraient la Une de Charlie Hebdo en « Charia hebdo » de très mauvais goût. Moi je me battrais pour qu’ils puissent continuer de la faire. Une de mes grandes fiertés d’acteur, c’est d’avoir joué Le Roi des cons de Wolinski pendant deux ans. On n’était pas dans le bon goût. À l’époque, c’était déjà l’esprit de Charlie Hebdo et Hara Kiri qui était derrière, mais ça n’intéressait pas encore les médias…
Aujourd’hui avec Le Gros, la vache..., c’est sans doute la première fois que vous avez eu des éloges dans Les Inrocks et Télérama…
C’est vrai que c’est un spectacle qui a fait l’unanimité des critiques et du public. Mais je n’ai pas à me plaindre des Inrocks. Quand je joue une pièce de boulevard comme Pauvre France, ils n’en parlent pas, c’est tout. Même si ça fait un triomphe tous les soirs. On ne peut pas changer les médias ! C’est comme ça. Moi je savais en montant sur scène que les gens allaient être heureux à la fin. C’est tout ce qui compte.
Comment avez-vous vécu le succès de « Jolie Poupée » à l’époque ?
Je n’ai pas aimé qu’on brocarde cette chanson. Elle a été un véritable coup de cœur pour moi. Le succès était complètement inattendu. À l’époque, un passage télé pouvait faire le succès de quelqu’un, aujourd’hui c’est beaucoup plus difficile. J’ai été en tête du Top 50 très longtemps. J’étais quand même numéro 1 devant Thriller de Michael Jackson ! Il en est mort, d’ailleurs… (rires). Ce que je n’aime pas, c’est la médisance qui va avec le succès. Ce n’était pas une tocade. J’ai chanté La Vie Parisienne d’Offenbach, du Francis Lopez, une quarantaine de chansons, deux albums. Ça n’avait rien à voir avec un coup commercial.
Et vous retrouvez la chanson dans Le Gros, la vache…
Oui, il y a une pianiste sur scène qui nous accompagne. Ce sont des chansons très difficiles à apprendre, avec beaucoup de contretemps. Mais ça donne un côté jazzy au spectacle dans l’ambiance des comédies musicales américaines qui fonctionne très bien. »
Lire la suite de l’entretien dans Exit n°8.
Propos recueillis par Luc Hernandez
Le gros, la vache et le mainate de Pierre Guillois mis en scène par Bernard Menez.
Jusqu’au 28 janvier 2012 à 20h au Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon 4e. De 10 à 30 €. 04 72 07 49 49. www.croix-rousse.com
L’Amour dure trois ans de Frédéric Beigbeder avec Gaspard Proust, Louise Bourgoin, Bernard Menez… En salles depuis le 18 janvier.

