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Femme Fontaine

Revoici venu le temps des couleurs pour Brigitte Fontaine. Après le blanc immaculé de sa robe de scène pour une tournée mémorable en Reine des kékés il y a dix ans, la revoilà en combinaison rouge sang pour son album Prohibition, le plus engagé et le plus déconnant depuis longtemps. Exit le passage dépressif et mal inspiré de Rue Saint-Louis en l’ïle. Revoilà la plus grande parolière surréaliste de la chanson française avec un humour carnassier et un album volontiers primesautier pour illuminer d’un grand sourire vengeur son physique émacié de chat de gouttière. Un peu comme si elle s’était enfin réconciliée avec elle-même.

Après avoir crié sa connerie comme une enfant monstrueuse sortie d’un corps fatigué (c’était Conne sur une musique de Daho dans l’album Genre humain en 1995), elle sortait enfin d’un long purgatoire. Après le succès d’estime des Palaces, peut-être son plus bel album avec ce dernier Prohibition, elle se sentait enfin prête pour le succès après les années de galère et le « cramoisi chéri » d’une enfance abandonnée.

Plus lucide que folle

Morbide et jouisseuse, tragique et boute-en-train, clown racinien, elle explosait enfin à la face du grand public avec Kékéland et les guitares de M sur orbite. Pendant que la France d’Amélie Poulain idéalisait encore l’amour kitsch, la cantatrice chauve susurrait sur son tango électrique avec son élocution unique de tragédienne égarée dans un cirque : « L’Amour, c’est du pipeau, c’est bon pour les gogos. » Plus lucide que folle, on retrouve son humour dévastateur pour parler de la vieillesse dans les beaux textes de Prohibition : « Foutre interdit à soixante ans, sinon scandale et ricanements. » Sur des ritournelles plus décomplexées qu’à l’accoutumée mais toujours signées Areski, le grand complice des ombres, elle règle ses comptes en se marrant (« Des étrangers, riches et dorés jusqu’au cul, se font bronzer, viens me chercher j’en peux plus»), avant de crier : « Ouvrez les prisons ! »

Toujours dans l’instant, c’est son dernier disque qu’elle préfère, comme si elle refusait de se retourner sous peine de finir statufiée. Elle rit sur ses vestiges de peur d’être obligée d’en pleurer, et pose avec ce qui lui reste d’os dans les positions les plus distordues, habillée chez Comme un garçon à la ville et par son couturier Issey Miyake à la scène. Ne reste plus qu’à espérer que sa santé lui permette de tenir, là où elle a souvent écourté des concerts pour cause d’état second. Une heure et demie, c’est le temps qui lui faut la plupart du temps pour écrire une chanson. On espère qu’elle pourra tenir aussi longtemps sur scène. Au Zénith de son inspiration, ce n’est pas le moment de rater cette poétesse échue des astres pour qui il n’est toujours pas question d’appartenir à la réalité. Et de se marrer un bon coup devant l’éternité.

L.H.

Brigitte Fontaine aux Invites vendredi 22 juin à 22h au Square de la Doua à Villeurbanne. Entrée gratuite. www.invites.villeurbanne.fr

Dernier album : Prohibition de Brigitte Fontaine (Polydor)

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