L’étoile montante du baroque, Leonardo Garcia Alarcón, dirige un opéra méconnu de Rossini, La Cambiale di matrimonio, avec l’Académie baroque européenne d’Ambronay. L’occasion de se découvrir une nouvelle passion pour le plus rieur et mésestimé des compositeurs italiens, Rossini.
Est-ce que La Cambiale di Matrimonio de Rossini annonce déjà ses farces tardives comme Le Voyages à Reims ?
Leonardo Garcia Alarcón : « C’est surtout une œuvre qui m’a fait penser aux Noces de Figaro de Mozart. Rossini n’a que 18 ans quand il écrit cette petite farce d’une heure à peine. Il passe son temps alors à recopier les opéras de Mozart. On le surnommait d’ailleurs le « tedeschino », le « petit allemand ». Ce qui peut faire penser à ses opéras ultérieurs, c’este le style vénitien effectivement, cette façon de réciter les dialogues en musique qui n’existait pas dans l’opéra avant lui, et que sera une de ses marques jusqu’à la fin.
Les opéras de Rossini sont peut joués en France, à part Le Barbier de Séville ou La Cenerentola. Vous comptez reprendre le flambeau ?
J’aimerais beaucoup travailler sur ses opéras seria comme Tancredi par exemple. On voit souvent Rossini comme un esprit léger, ce qu’il est évidemment, mais ses drames annoncent déjà ce qu’écrira Verdi plus tard. Il a un sens dramatique étonnant. J’aimerais beaucoup pouvoir monter ces opéras avec Joyce Di Donato avec qui j’aime beaucoup travailler. Mais elle est en plein âge d’or et moi je ne suis qu’au début de ma carrière. J’espère que des maisons d’opéra pourront nous permettre de travailler ensemble… J’avais pu faire un Ariodante avec elle à l’Opéra de Genève qui a été un véritable enchantement. Il y a évidemment une filiation entre Haendel et Rossini. Rossini a toujours été attaché à l’école des castrats, il a été un des derniers à les employer. Dans sa correspondance, il écrit à Wagner qu’il arrête l’opéra parce que l’école de chant des castrats n’existe plus. Il n’avait que 37 ans ! C’est fou d’imaginer tout ce qu’il aurait pu créer par la suite…
Vous venez de publier des Cantates de Bach au disque, particulièrement théâtrales ? Le théâtre est-il important dans votre musique ?
Oui, mais je ne crois pas avoir apporté la moindre vision personnelle dans ces œuvres. Je pense qu’elles sont théâtrales en elles-mêmes. Bach est vraiment pour moi le plus grand artiste de tous les temps, pas seulement en tant que musicien. Le peinture des sentiments humains et des forces de la nature y est vraiment sans équivalent.
Vous aviez créé « Il Diluvio universale » de Falvetti à Ambronay il y a deux ans. Avez-vous d’autres inédits en tête ?
Oui, nous allons créer cette année à Ambronay un autre opéra de Falvetti, Nabucco, dont le manuscrit vient d’avoir été retrouvé à Messina en Sicile. On créera aussi une version inédite du Requiem de Mozart en fin de festival, après avoir enregistré les concertos pour clarinette l’an passé. »
Propos recueillis par Luc Hernandez
La Cambiale di Matrimonio de Rossini dirigé par Leonardo Garcia Alarcón et mis en espace par Stephan Grögler.
Samedi 8 juillet à l’Eglise Saint-Just à 20h30. De 20 à 25 €. www.nuitsdefourviere.com
Samedi 21 juillet à 20h au Grand Théâtre de Provence dans le cadre du festival d’Aix en Provence. De 10 à 50 €.
Au festival d’Ambronay en septembre. www.ambronay.org
Dernier disque, splendide : Bach Dramma (Ambronay éditions)
