Depuis que les films de Tsui Hark ou John Woo ont connu une reconnaissance internationale, l’Asie est devenue la nouvelle terre d’expérimentation du cinéma d’action, repoussant régulièrement ses limites. The Raid relève la barre de plusieurs crans et on peut affirmer, sans craindre le coup marketing, que l’on a jamais vu ça sur un écran. Gareth Evans, jeune réalisateur gallois installé en Indonésie, signe un film complètement frappadingue ! Ça défouraille et ça mandale comme c’est pas permis pendant 1H40, sans que le rythme ne faiblisse jamais. Le script est on ne peut plus basique en apparence : une unité d’intervention d’élite doit intervenir dans les quartiers pauvres de Jakarta et déloger un mafieux de son antre, un immeuble miteux qui va s’avérer un piège mortel pour ces policiers qui de traqueurs vont devenir gibiers et devront tout faire pour s’en échapper. On connaît le risque que courent ces films qui carburent à l’adrénaline et à la pure virtuosité : épuiser toutes ses cartouches dans la première demi-heure avant de plonger dans une mécanique répétitive qui finit pas lasser, péché mortel pour un cinéma dédié au pur plaisir épidermique.
Lâche tes mandales et viens voir mon Penchak !
The Raid y échappe de justesse grâce une intrigue à double-fond, qui introduit un sens du suspens et sait ménager de vraies respirations qui font exister les personnages, pour mieux repartir sur les chapeaux de roues. Mais le plaisir du spectateur tient beaucoup au regard fasciné et passionné que porte le réalisateur sur le penchak silat, art martial indonésien auquel il avait déjà consacré un documentaire. Evans a compris le potentiel éminemment cinématographique de cette discipline, tout à la fois extrêmement brutale et très élégante. Et effectivement, ça crève l’écran ! Mais il connaît tout aussi bien ses classiques hollywoodiens, à commencer par le classique du genre, The Assault de John Carpenter. Sa mise en scène très précise tire tout le parti dramatique possible des décors eux-mêmes, couloirs claustrophobiques où se déploient ces ballets mortels, baignés dans une lumière métallique de jeux vidéos. La greffe est assez miraculeuse et prouve une fois de plus les bienfaits de la mondialisation en matière d’art ! L’expérience est spectaculaire mais à déconseiller aux âmes sensibles, le film poussant assez loin l’art de la cruauté et de la torture. À ce titre, la scène dite de « la machette fichée dans la joue », au raffinement certain, restera un must. Ce traitement de choc laisse le spectateur épuisé et ravi, le souffle court et les doigts crispés sur les accoudoirs. Une tisane et au lit !
Alban Liebl
Sortie le 20 juin. The Raid de Gareth Evans (Etats-Unis/Indonésie, 1h40) avec Iko Uwais, Joe Taslim, Yayan Ruhian…
