C’était une des plus belles surprises du festival de Cannes : Leos Carax revient en grande forme avec Holy Motors. On craignait un récit prétentieux post-Godard d’artiste maudit ressassant la mort du septième art, on a un film limpide pour le plaisir de faire du cinéma. Débutant dans une salle de cinéma face aux spectateurs, Holy Motors embarque Monsieur Oscar, alter ego du réalisateur, dans une grande limousine blanche pour une virée transformiste où Denis Lavant a le pouvoir de changer de vie et de personnage, se métamorphosant à chaque fois dans l’antre de sa limousine conduite par la sublime Edith Scob. Film à sketches, Holy Motors n’est rien d’autre qu’une suite de rendez-vous avec le cinéma. Une journée de travail dans le monde du rêve.
Une Nuit américaine avec Kylie
Avec un humour qu’on ne lui connaissait pas, Carax s’amuse à se jouer des genres, tour à tour sexuel (une scène priapique et analphabète hilarante avec Éva Mendes), sentimental (un dialogue avec sa fille ou une très belle scène de comédie musicale signée Neil Hannon avec Kylie Minogue), onirique (les fausses morts de Denis Lavant qui renaît toujours) ou carrément burlesque (le meurtre du banquier au Fouquet’s). Hommage au cinéma avec un entracte d’anthologie à l’accordéon démultiplié, Holy Motors vit d’un cinéma toujours en métamorphose à l’instar de son acteur toujours en train de renaître. « Je continue comme j’ai commencé : pour la beauté du geste. On dit que la beauté est dans l’oeil de celui qui regarde. Que devient la beauté s’il n’y a plus personne pour la regarder ? » Film aussi sur la fin de l’artisanat dans une très belle scène dans une Samaritaine désaffectée, Holy Motors respire l’envie coûte de coûte de continuer à rêver et du plaisir d’inventer. C’est à la fois la grandeur et la limite du film : tout y est gratuit, tout pourrait y être autre chose mais rien ne ressemble à ce rêve de cinéaste éveillé. Carax s’est retrouvé : « C’est moi » dit Denis Lavant en rentrant à la maison. On veut bien rester longtemps enfermés dans des rêves aussi beaux.
L.H.
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Sortie le 4 juillet. Holy Motors de Leos Carax (1h55) avec Denis Lavant, Edith Scob, Kylie Minogue, Eva Mendès…

