Lieu ô combien convoité, la Sucrière a finalement été confiée à la gestion du groupe GL Event et sa direction à l’ancienne galeriste Patricia Houg. Parmi les 6500 m² de l’ancien site industriel, 1700 m², au deuxième étage, seront spécifiquement dédiés à des expositions d’art contemporain : expositions d’artistes émergents, expositions muséales ou expositions thématiques, sur un rythme de trois événements par an. Patricia Houg a invité, pour débuter sa programmation, l’artiste d’origine japonaise Chiaru Shiota (née en 1972 à Osaka et vivant à Berlin depuis 1996) qui s’accaparera l’espace avec une installation monumentale. Un « labyrinthe de la mémoire » que la plasticienne décrit comme « Un projet spécifique à l’architecture et à l’identité même du bâtiment utilisant le plafond et les piliers comme structures d’environnement immersif. Seize robes blanches seront suspendues au plafond, entre les piliers, dans tout l’espace. Les robes semblent accrochées individuellement mais sont toutes reliées par un seul tissu blanc. Un fil noir entoure les robes, dans un tissage autour des piliers, créant une atmosphère dense. »
La petite sœur de Louis Bourgeois
Visuellement impressionnantes, les installations de Chiaru Shiota se réclament de l’œuvre de Louise Bourgeois et usent souvent de rets de laine noire enserrant des objets de la vie quotidienne : lits, chaises, tables, valises, instruments de musique… Ces réseaux arachnéens explorent les méandres de l’inconscient humain, relient symboliquement le présent au passé et jouent d’une ambivalence évidente entre l’onirisme féerique et la menace de destruction ou d’étouffement. L’araignée, emblème de la mère castratrice, rôde à proximité des « toiles » de l’artiste. Les visiteurs sont invités à s’y perdre, tout y étant à la fois visible et brouillé. Ce labyrinthe physique et sensible se veut aussi cérébral : « Espace, temps, gravité et pensée humaine forment une relation. Toutes ces relations sont représentées dans mon exposition. » Artiste confirmée travaillant avec une prestigieuse galerie parisienne (Daniel Templon), mais encore mal connue du grand public en France, Chiaru Shiota a toutes les qualités pour à la fois séduire, envoûter et déranger ses spectateurs.
Jean-Emmanuel Denave
Article paru dans Exit n°10.
Chiaru Shiota, « Labyrinth of Memory » du 4 mai au 31 juillet à la Sucrière, 49 quai Rambaud Lyon 2e. Www.lasucriere-lyon.com Du mercredi au dimanche de 11h à 18h. Entrée de 5 à 8 euros.
